Comme celles de François Molins après les attentats de 2015, chaque prise de parole de Jean-Yves Coquillat était à la fois attendue et redoutée. Ce vendredi, au dixième jour du procès de Nordahl Lelandais, l'ancien procureur de la République de Grenoble, aujourd'hui retraité, est venu témoigner à la barre. C'est lui qui, pendant des mois, a supervisé l'enquête sur l'enlèvement et le meurtre de la fillette de 8 ans.
"Ce que je pense, c’est que Nordahl Lelandais a enlevé Maëlys pour la violer et la tuer. Quelqu’un qui se filme en train de toucher le sexe de très jeunes enfants est un pédophile. Mais les preuves ont été supprimées par le silence de l’accusé", soutient l’ancien magistrat. S'il en a la conviction, il reconnait toutefois : "Nous n’avons pas apporté la preuve matérielle de ce viol, car le corps de Maëlys était dans un état tél que nous ne pouvions pas analyser d’organes.".
Jean-Yves Coquillat se souvient à la barre l'émotion suscitée par cette affaire et sa "médiatisation extrême". "On s'identifie à la souffrance de cette famille", reconnaît-il. Il regrette aussi les "fuites dans la presse", alors que Maëlys était toujours recherchée. "Saper le travail d’enquête a été bien fait. Avant d’avoir le sang, l’opinion publique et les journalistes se posaient des questions". Et d'ajouter :"Je constatais des fuites chaque jour qui venaient de la Direction générale de la gendarmerie nationale. Je connais l’origine de ces fuites. On m’a demandé d’étudier les fadettes des journalistes et des généraux de la gendarmerie. J’ai refusé."
Puis face à la cour, il décrit la personnalité de l'accusé telle qu'il l'a perçue. "C'est quelqu'un de menteur, hâbleur, séducteur, dissimulateur, une personne organisée et qui s’adapte à toutes les situations. Lorsqu’on lui pose une question, il ne dira pas la vérité spontanément. Son système de défense est une stratégie et une tactique".
L'ancien magistrat rappelle que Nordahl Lelandais a "nié l'enlèvement" en disant que la fillette l'avait "suivi spontanément pour aller voir les chiens". "Personne ne peut y croire. Ensuite, c’est de nier le meurtre… mais devant les preuves, on dit que c’était involontaire. C’est la tactique de la défense. Il s’adapte. L’accusé apprend de ses erreurs en évoluant et adapte ses réponses en fonction du dossier. Voilà sa stratégie. Pour la tactique, il s’agit de discréditer l’enquête et les témoins. Ses avocats sont de très bons joueurs de poker", détaille Jean-Yves Coquillat.
Il évoque aussi un moment "lors de la découverte du corps de Maëlys". "Nordahl Lelandais a parlé à son avocat. Puis, il s’est mis à genou et a demandé pardon à Maëlys. Mon avis ? Ça ne va pas plaire à la défense, mais j’ai eu l’impression que c’était du cinéma", précise l’ex-procureur.
"Je peux le dire car je ne suis plus magistrat donc j’ai une parole libre : cette affaire aurait dû s’arrêter lorsqu’il y a eu la vidéo avec la petite forme blanche dans la voiture à côté de Nordahl Lelandais", admet l’ancien magistrat. La première fois que la silhouette blanche était apparue sur une photo, c'était en octobre 2017…
"Au-delà de ma profession et de l’émotion qu’il faut mettre de côté pour raisonner, il y a la vision de souffrance de cette famille. Il fallait qu’on retrouve Maëlys vivante. J’ai tenu une conférence de presse alors qu’on venait de retrouver le...
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